Litté-13
Couverture Allah n'est pas obligéTitre : Allah n’est pas obligé 
Auteur : Ahmadou Kourouma 
Parution : 2000 
Pays : France 

Type : Drame 
Genre : Roman 

Résumé : Kalachnikov en bandoulière, Birahima tue des gens pour gagner sa vie. Pas plus haut que le stick d’un officier, cet enfant-soldat du Liberia raconte. L’errance, la guerre, les pillages, les massacres, les copains qui tombent sous les balles … Témoin lucide et fataliste, il nous offre l’image terrifiante d’une Afrique qui sacrifie ses enfants. 

Note : 9/10 
Avis : Ce roman a dû être lu dans le cadre d’un cours sur la littérature francophone d’Afrique et des Antilles. C’est une expérience que je n’ai pas du tout regretté. Dans la langue de la rue, Ahmadou Kourouma nous transporte dans une Afrique violente, dans laquelle les enfants doivent devenir des adultes, des soldats, afin de survivre dans ces moments d’hostilités. Mais jamais on n’est perdu. Que ce soit dans l’action ou le langage. Il utilise constamment un dictionnaire, pour justifier l’emploi des différents mots de différentes langues – français, anglais, malinké, etc. À travers les différents dictionnaires, Birahima nous présente l’Afrique traditionnelle, mais aussi sa déchéance provoquée par des hommes qui ne veulent que le pouvoir, se fichant totalement du sort des plus démunis qui ne sont que des loques. Kourouma ne se gêne pas du tout pour présenter les dirigeants avec leurs véritables nom, qu’il s’amuse à ridiculiser, à les horrifier – bien que, oui, leurs actes sont horribles –, dans le but de nous présenter l’Afrique tel quel le devient, les différentes victimes dont les enfants qui deviennent sauvages, froids, puisqu’ils sont confrontés aux atrocités et doivent les commettre, mais la majorité du temps ils sont sous l’effet de la drogue que les généraux leur donne, puisqu’ils doivent être plus « puissants » - en fait, selon moi, ce serait davantage dans le but de les garder sous leur contrôle en les rendant addictif en plus de les rendre violent. 

Kourouma prend le risque, dans cet œuvre, de donner les véritables noms des dirigeants, comme je l’ai mentionné plus haut, en les ridiculisant, mettant sa propre vie en jeu afin d’offrir un récit réaliste, une satire de la société africaine en pleine dégradation sous les mains des dictatures. Bien que Birahima se montre dure, voir même parfois insensible devant ce qui se passe, j’ai tout de même ressentit de la sensibilité, de la tristesse, du dégoût et du mépris devant les propos de ce jeune garçon qui décrit les hommes et les femmes comme n’étant que de la chair en loques bonne à envoyer se tuer, se prostituer, etc. Le détachement qu’il éprouve face aux situations ne fait que montrer l’urgence de celle-ci, puisque les enfants sont déshumanisés. Un premier roman avec Kourouma, une excellente lecture qui laisse sans voix. 

Extrait : « Maintenant, après m’être présenté, je vais vraiment, vraiment conter ma vie de merde de damnée. »
Litté-13
Couverture La Trilogie des jumeaux, tome 1 : Le Grand CahierTitre : Le grand cahier 
Auteur : Agota Kristof 
Parution : 1986 
Pays : Suisse 

Type : Drame – Historique 
Genre : Roman 

Résumé : Klaus et Lucas sont jumeaux. La ville est en guerre, et ils sont envoyés à la campagne, chez leur grand-mère. Une grand-mère affreuse, sale et méchant, qui leur mènera la vie dure. Pour surmonter cette atrocité, Klaus et Lucas vont entreprendre seuls une étrange éducation. Dans un style enfantin et cruel, chaque événement de leur existence sera consigné dans un « grand cahier ». 

Note : 10/10 
Avis : Dès que j’ai lu les premières lignes, je ne pouvais plus décrocher. Je n’ai pas cessé de le lire avant de l’avoir terminé, en une soirée, alors que ça faisait un moment que ce n’était pas arrivé depuis un long moment. Je n’ai entendu que du bien de ce roman, et je n’en suis pas du tout déçue. 
Jamais nous ne sommes réellement situés dans le temps, mais puisqu’il s’agit d’une guerre, je suppose que l’auteure l’a écrit par rapport à la guerre qui s’est passée en Hongrie entre les militaires soviétiques et les anti-communistes – elle s’est exilée, à la suite de ce conflit. Les jumeaux doivent apprendre à vivre auprès de leur grand-mère qu’ils rencontrent pour la première fois, alors que leur mère ne peut plus s’occuper d’eux. C’est ainsi que débute l’histoire : on assiste, tout le long, à l’évolution psychologique des jumeaux qui ne forment qu’un, qui jamais ne vont s’identifier individuellement. C’est toujours : « nous disons, nous faisons, etc. », ce qui met en place sans explications la relation entre les deux frères qui ne peuvent se voir l’un sans l’autre. 
L’écriture de Kristof, qui a appris le français en arrivant en Suisse à vingt-et-un ans, est simple mais entraînante. La complexité réside plutôt dans les personnages, en particulier les jumeaux, mais leurs entourages aussi qui semblent vivre selon leurs désirs et non les lois – du moins, les jumeaux et leur grand-mère. Il n’y a aucun héros dans ce roman : ils ont tous des défauts, ils sont tous imbus d’eux-mêmes, bref, ils sont tous des anti-héros ou sinon des personnages neutres. 
Comme le dit L’Express : « Un roman magnifique sur le déracinement, la séparation, l’identité perdue et les destins brisés dans l’étau totalitaire. » Je ne pourrai même pas dire mieux. 

Extrait : « Nous ne voulons plus rougir ni trembler, nous voulons nous habituer aux injures, aux mots qui blessent. »




Couverture La Trilogie des jumeaux, tome 2 : La PreuveTitre : La preuve 

Auteur : Agota Kristof 
Parution : 1988 
Pays : Suisse 

Type : Drame – Historique 
Genre : Roman 

Résumé : Dans un pays en guerre, deux jumeaux se séparent. L’un d’eux franchit la frontière, laissant l’autre désemparé, privé d’une partie de lui-même. Lucas semble vouloir se consacrer au bien. Quand Claus revient, trente ans plus tard, Lucas a disparu. Seule preuve de leur existence commune : le Grand Cahier. 

Note : 9/10 
Avis : Ce n’est pas mon favori, dans la trilogie, mais il reste un excellent livre. Il y a moins de vulgarité que dans le premier, mais on fait face à un univers encore plus noir. On reste avec Lucas, qui se retrouve seul depuis le départ de son jumeau, et qui se sent plus vide de jamais. Si le début m’a enchanté, la fin a été longue, mais c’était tout de même un excellent roman. Peut-être parce que le premier tome est si élevé dans mon estime que je m’attendais à beaucoup venant du tome deux. Mais, jamais je ne me plaindrai de cette lecture qui fût très agréable. L’écriture simple mais particulièrement attirante de l’auteure m’empêchait tout de même de décrocher : je revenais sans cesse vers ce roman, dès que j’avais le temps entre deux travaux scolaires. L’histoire, en tant que tel, comme je l’ai dit est très noir, mais se situe entre la fin de la guerre sous la domination de l’étranger mais aussi entre la fin de cette domination, justement, puisqu’à la fin l’ennemi a quitté le pays qui se retrouve enfin libre. Lucas, comme personnage, est très froid, imbu de lui-même, très complexe, égoïste, mais à la recherche de l’amour de quelqu’un suite au départ de son frère jumeau. Que ce soit avec une femme ou encore avec un enfant handicapé, il les aime un peu trop, jusqu’à causer la perte de l’un des deux d’une manière très tragique. Un deuxième tome parfait comme transition. 

Extrait : « Je n’étais encore qu’un enfant. Mais je n’ai rien oublié. »




Couverture La Trilogie des jumeaux, tome 3 : Le Troisième mensongeTitre : Le troisième mensonge 
Auteur : Agota Kristof 
Parution : 1991 
Pays : Suisse 

Type : Drame – Historique 
Genre : Roman 

Résumé : Et si l’existence était un mensonge ? Au terme de cinquante années d’exil, Lucas revient dans sa ville natale pour y retrouver Claus, son frère jumeau. Ce dernier est devenu écrivain et se fait appeler Claus Lucas. Lors des retrouvailles, il niera l’existence de Lucas. Ce frère existe-t-il vraiment ? Lucas parviendra-t-il à se défaire de son double ? 

Note : 9/10 
Avis : Le dernier tome de la série, et je ne suis pas déçue, bien que je me sois de nouveau attendue à mieux. Mais, c’est tout de même une manière parfaite de terminer une trilogie qui a commencé sur une note très haute. De nouveau, l’écriture de l’auteure m’a envoûté. Elle est simple, mais on voit qu’elle a mûri un peu au fil du processus d’écriture. Ici, c’est des révélations qui nous laissent perplexe. Qu’est-ce que la vérité ? Où sont les véritables événements, dans les trois romans ? Je ne vous dirai pas plus, je n’ai pas envie de vous gâcher la lecture, mais même après avoir terminé ma lecture, je reste avec plusieurs questions qui ne pourront jamais être assouvies, l’auteure étant morte. Je ne peux que supposer plusieurs choses qui peuvent se révéler fausses, mais c’est l’intention de l’auteure. Elle ne veut pas nous dire tout ce qui se passe réellement. Et c’est sur une note sombre, même cruelle, qu’elle nous laisse les questions en suspens. Mais la lecture de cette trilogie dont je n’ai entendu que du bien en valait la peine, énormément. Je suis très heureuse et je vais réitérer l’expérience avec Agota Kristof. Ce troisième tome est sombre, mais beaucoup moins violent que le premier et moins vulgaire, malgré qu’on voit dans les analepses les moments difficiles de la guerre. 

Extrait : « C’est pour toi que je suis revenue. »
Litté-13
Couverture Une si longue lettreTitre original : Une si longue lettre 
Auteur : Mariama Bâ 
Parution d’origine : 1979 
Pays : Sénégal 

Type : Contemporain – Féminisme 
Genre : Roman 

Résumé : Une femme sénégalaise écrit à son amie pendant la réclusion traditionnelle qui suit son veuvage. Elle évoque alors leurs vies, leur rencontre en tant que jeunes étudiantes, leurs mariages, leurs espoirs, leurs déceptions … Une belle façon de parler de la place de la femme au Sénégal, de la polygamie, de l’islam ou de la force des traditions. 

Note : 10/10 
Avis : Ce roman fût une véritable découverte. Je m’intéresse au mouvement féministe depuis longtemps, et depuis mon cours de littérature francophone d’Afrique et des Antilles, je suis intéressée à celui qui émerge là-bas, même si on ne peut pas parler de « féminisme », ce n’est pas la même chose qu’en Occident. Les femmes ont commencé à écrire dans les années 70, en Afrique, et Mariama Bâ a écrit le premier roman féministe africain, qui se révèle être une très belle découverte dont la lecture sera renouvelée, encore et encore. C’est avec une grande sensibilité qu’elle nous livre le récit d’une femme qui, prisonnière d’un mariage polygamique, vit maintenant le deuil de son mari qui l’a délaissé pour une femme de l’âge de sa fille aînée – la meilleur amie de sa fille aînée, d’ailleurs. Si le roman touche une certaine note négative face à ses espérances, sa vie conjugale qui tombe « en ruine » sans qu’elle ne puisse rien y changer, il se termine néanmoins d’une façon très positive, devant un avenir qui semble améliorer tout de même les choses. L’écriture de l’auteure est magnifique, simple, s’inscrit dans un registre familier, mais elle est parfaite. Elle convient au type de récit qu’elle nous livre, au personnage sincère qu’est la narratrice, Ramatoulaye, qui ne se gêne pas pour souffrir elle-même afin de dévoiler à sa meilleure amie ses sentiments, ses rêves brisées, sans jamais entré dans l’exagération, le mélodramatique qui a tendance à gâcher les drames. 

Extrait : Le mot bonheur recouvre bien quelque chose, n’est-ce pas ? J’irai à sa recherche.
Litté-13
Couverture Derrière toute chose exquiseTitre : Derrière toute chose exquise 
Auteur : Sébastien Fritsch 
Parution : 2014 
Pays : France 

Type : Drame 
Genre : Roman 

Résumé : Depuis près de vingt ans, Jonas Burkel photographie toujours la même femme : seul le prénom change. Mais plus que les brunes longilignes au regard perdu, il semble que son vrai grand amour soit ses habitudes : ses disques de piano jazz, ses errances dans Paris … et ces corps féminins dociles et invariables. 

La fille qu’il découvre dans un train de banlieue, accrochée à un roman d’Oscar Wilde, semble la candidate idéale pour prolonger la série : il oublie immédiatement son précédent modèle, imagine déjà sa nouvelle conquête devant son objectif, dans des rues sombres, sous la pluie, sous ses draps … 

L’idée qu’une femme puisse refuser son petit jeu sentimental ne lui traverse même pas l’esprit. Mais comment pourrait-il deviner que, tout comme lui, la lectrice du train n’accepte aucune règle sinon celles qu’elle invente ? Et que tous ceux qui l’approchent doivent s’y plier : jusqu’à y jouer leur vie. 

Note : 2/10 
Avis : J’aimerai remercier Livraddict et l’auteur pour ce partenariat et m’excuser du retard, les études m’ont occupé ensuite l’hospitalisation du père de mon petit ami et mon travail qui ne me lâche pas. Bref, je l’ai enfin terminé et je vous donne enfin mon avis. Les premières lignes m’enchantaient, le premier chapitre était convaincant, mais ensuite sont arrivés les éternels clichés. Bon, je n’ai rien contre les clichés, ils m’emmerdent tout simplement puisqu’ils n’apportent aucune originalité à moins que l’auteur arrive à nous stimuler en « transformant » ces clichés, si l’on veut. Ici, je les ai trouvés fades. L’homme solitaire, intelligent, photographe, prit par la passion du jazz … enfin, la « passion du jazz », il écoute tout simplement un seul en boucle – Oscar Peterson, mais je ne juge pas ses goûts car il est excellent -, qui change constamment de femmes et, d’ailleurs, il n’en prend que des plus jeunes – d’une vingtaine d’années, qui plus est. 

Parlons du personnage : Jonas. C’est probablement le personnage masculin le plus antipathique que j’ai croisé dans mes lectures – et j’ai vu plusieurs « antiféministes » dans les romans, mais celui-ci … non, incapable. La manière dont il traite les femmes m’horrifie, cette chosification bestiale et obscène … Quand il parle d’elles, j’ai pitié d’elles. Quand il traite Margot de folle, c’est elle que je prends en pitié, probablement parce que sa froideur, cet homme imbu de lui-même qui n’éprouve absolument rien me rappelle mon ex … Ah et j’ai remarqué que les femmes qu’il choisit sont souvent des femmes sans ressources, en détresses : jouer le chevalier servant pour ensuite les laisser tomber alors qu’elles viennent de retrouver leur confiance en elle … Non. Au fil de ma lecture, j’espérai vraiment me raccrocher à l’histoire : le style d’écriture de l’auteur est très belle, elle me plaît, mais c’est le personnage le problème, les clichés parsemés ici et là … et finalement, je suis arrivée à une phrase : « Pour la première fois de ma vie, j’ai obéi à une femme. » Et là ce fut fini. Jamais, au grand jamais je ne pouvais aimer ce roman par la suite ou encore m’intéresser à Jonas Burkel et du coup, à l’histoire elle-même qui est quand même confuse par moment – on passe d’une chose à une autre, et j’ai lu des romans beaucoup plus complexes avec des analepses et prolepses beaucoup plus claires que j’ai compris du premier coup … 

Enfin, bref, une lecture extrêmement désagréable, malgré un style remarquable. Le résumé était tentant, il différait de toutes mes lectures du moment, je ne pensais pas non plus tomber sur un personnages aussi sexiste. Et les femmes dans cette œuvre sont aussi vivantes qu’un cadavre. 

Extrait : « Pour la première fois de ma vie, j’ai obéi à une femme. »
Litté-13
Titre original : L’Amant 
Auteur : Marguerite Duras 
Parution d’origine : 1984 
Pays : France 

Type : Contemporain – Autofiction 
Genre : Roman 
Elle était si belle, Marguerite Duras

Résumé : Dans L’Amant, Marguerite Duras reprend sur le ton de la confidence les images et les thèmes qui hantent toute son œuvre. Ses lecteurs vont pouvoir ensuite descendre de ce grand fleuve aux lenteurs asiatiques et suivre la romancière dans tous les méandres du delta, dans la moiteur des rizières, dans les secrets ombreux où elle a développé l’incantation répétitive et obsédante de ses livres, de ses films, de son théâtre. Au sens propre, Duras est ici remontée à ses sources, à sa « scène fondamentale » : ce moment où, vers 1930, sur un bac traversant un bras du Mékong, un Chinois richissime s’approche d’une petite Blanche de quinze ans qu’il va aimer. 

Note : 8.5/10 
Avis : Marguerite Duras est réellement fascinante. Bien que je n’aie lu que très peu d’œuvres d’elle, elle est une auteure que j’affectionne particulièrement, puisqu’elle sait dès les premières lignes comment captiver le lecteur dans un roman riche de sens, malgré un langage simple. C’est dans l’Indochine coloniale française qu’elle nous entraîne, dans une autofiction, où elle nous présente sa jeunesse – elle n’avait que quinze ans et demie – auprès de son amant chinois riche qui avait le double de son âge. Après une courte recherche, j’ai pu constater que cet homme a existé, qu’il est mort au début des années 70 et qu’il, semblerait-il, n’ait jamais cessé de l’aimer, bien qu’il se soit marié et qu’il soit tombé amoureux de la sœur de sa femme. L’histoire, en tant que tel, est magnifique. Le style de Duras est tout simplement envoutant : on ne peut plus poser le roman sans l’avoir terminer au préalable. L’histoire d’amour (si on peut le qualifier ainsi) de l’enfant et du Chinois est captivante : jamais je n’ai éprouvé un dégoût en sachant qu’il avait trente-deux ans et elle quinze ans et demi, elle est bien trop mature pour paraître avoir cet âge. 

Et Duras, ah, une reine de l’autoportrait : le regard des hommes sur la jeune femme, la vieille femme aussi qu’elle était à l’époque de la rédaction, la manière qu’elle a de montrer que finalement, elle est belle, puisque les autres le disent et non elle. C’est intéressant de constater la relation entre les colonisateurs et les chinois : le Chinois, riche, n’est rien comparé à la famille de l’enfant, blanche, française et pourtant pauvre. Le statut social n’empêche pas qu’il soit considéré comme étant inférieur, car il n’est pas « blanc », cette chosification fait par la jeune fille qui veut simplement son argent afin de subvenir aux besoins de sa famille. La relation qu’elle entretient avec sa mère est elle aussi intéressante, puisqu’elle se présente face à une mère tyrannique qui n’aime que son premier enfant qui lui, pourtant, l’aime mal et en profite. En bref, un roman qui m’a charmé et dont je renouvellerai probablement la lecture à quelques reprises. 

Extrait : Quinze ans et demi. Le corps est mince, presque chétif, des seins d’enfant encore, fardée en rose pâle et en rouge. Et puis cette tenue qui pourrait faire qu’on en rie et dont personne ne rit. Je vois bien que tout est là. Tout est là et rien n’est encore joué, je le vois dans les yeux, tout est déjà dans les yeux. Je veux écrire. Déjà je l’ai dit à ma mère : ce que je veux c’est ça, écrire. Pas de réponse la première fois. Et puis elle demande : écrire quoi ? Je dis des livres, des romans. Elle dit durement : après l’agrégation de mathématiques tu écriras si tu veux, ça ne me regardera plus. Elle est contre, ce n’est pas méritant, ce n’est pas du travail, c’est une blague – elle me dira plus tard : une idée d’enfant. 


Titre : L’Amant 
Année : 1992 
Réalisateur : Jean-Jacques Annaud
Acteurs : Jane March – Tony Leung Ka-fai 
Durée : 115 minutes 
Description : Film franco-britannico-vietnamien. 

Résumé : À l’âge de 70 ans, Marguerite Duras nous raconte son adolescence en Indochine et ses « période cachées ». En vrac, l’auteur évoque les relations difficiles avec sa mère, l’amour qu’elle porte pour son petit frère, son amant chinois de 17 ans son aîné, son attirance physique pour une camarade au pensionnat, etc. 

Note : 7/10 
Avis : Marguerite Duras méprisait ce film et en le voyant je peux très bien comprendre pourquoi. Il ne se concentre que sur l’aspect familial et la relation charnelle entre le chinois et l’enfant, mais pourtant je l’aime bien aimé. On ne peut pas vraiment transposer tout le message de Duras dans un film, il y a trop d’éléments. Néanmoins, j’ai bien aimé ce film qui présentait surtout la relation entre le Chinois et l’enfant : destructrice, voire même carrément de la prostitution de la part de la jeune fille qui entre tout juste dans le monde des adultes alors qu’elle en est au seuil. Les images du film sont très belles, l’environnement, du moins l’ambiance créé est entraînante, les deux acteurs jouent parfaitement ensembles, ils sont même bien assortis je trouve, alors que dans le roman c’est un couple assez étrange. Dans l’ensemble, c’était une belle œuvre, mais pas assez pour qu’il devienne l’un de mes films fétiches. Néanmoins, j’ai bien l’intention de le revoir à quelques reprises, simplement pour le plaisir et non pour retrouver le roman de Duras.
Litté-13
Couverture Silhouette ou les miroirs de l'AsieTitre original : Silhouette ou les miroirs de l’Asie 
Auteur : Jean-Pierre Mathé 
Parution d’origine : 2013 
Pays : Inconnu 

Type : Aventure / Récit de voyage 
Genre : Autobiographie 

Résumé : Attention, Objet Littéraire Non Identifié ! Loin des carnets de voyage et de leurs clichés, Jean-Pierre Mathé vous invite à contempler ses miroirs de l’Asie comme on se glisserait sur une couchette pour fumer l’Opium. Tour à tour Silhouette, Pèlerin, Troubadour, … le narrateur aux multiples visages nous mène au-delà de toute image convenue, là où les secrets se cachent dans le brouhaha des foules. Son Asie à lui ne se raconte pas, elle se griffonne ou se peint au couteau avec la frénésie des possédées. 

Note : 4/10 
Avis : Premièrement, j’aimerai remercier Livraddict pour le partenariat et m’excuser de l’énorme retard de cette lecture et cette chronique, quand j’ai postulé je n’avais absolument rien à faire et quand je l’ai eu mes professeurs m’ont donné plusieurs travaux jusqu’à la fin de ma session, entre mon travail et mes devoirs je n’avais aucun temps libre pour respirer. Je m’excuse donc au staff mais aussi à la maison d’édition et à l’auteur. 

Le livre ne m’a pas du tout plu. Si le résumé me tentait, la lecture fut difficile, très difficile. Tout d’abord, les passages au « tu » m’ont agressé. Au « je », pour s’identifier au personnage, aurait été mieux, même si, oui, tout le monde le fait. Mais le « tu » est agressant, c’est comme si on essayait de me donner un ordre, me donner une action que je n’ai pas accompli. De plus, il passait du « tu » au « il ». Peut-être que c’était un effet de style, mais pour moi il n’a pas réussi. Il faut assumer le choix, soit « il » soit « tu », surtout que ce n’était pas une narration différente par chapitre, non, ça changeait carrément d’un coup. Un style qui ne m’a pas plu, car il n’y a aucune transition entre les deux. Les images de l’Asie ne m’ont pas convaincu, peut-être parce que c’est une expérience personnelle, mais pourtant l’Indochine de Duras je peux aisément me l’imaginer … Néanmoins, je dois avouer que les routes de l’Inde furent intéressantes, puisque je ne connais pas vraiment cette partie de l’Asie, mais, comme j’ai pu le constater dans les chroniques des deux autres lectrices, j’aurais aimé voir la Chine, le Japon. En fait, je m’attendais totalement à autre chose en choisissant de participer au partenariat et, pour tout avouer, j’ai failli abandonner. Je m’attendais pas à lire un récit de voyage plutôt spirituel. 

Extrait : « Stimulé par la beauté, l’étrangeté de ce pays et de cette civilisation qui jaillissent vers lui en gerbes incessantes, vibrantes et colorées, ton esprit se découvre d’incomparables facultés. Comme une aurore nouvelle après des années de grisaille existentielle, s’éveille en lui une capacité à l’émerveillement aussi vive qu’inattendue. Cette petite réalité de ta vie occidentale, que tu pensais être La Réalité, s’estompe au présent de la Vie qui t’envahit alors, lumineuse, débordante, impétueuse, en abondance absolue, en inendiguable mouvance. »
Litté-13
Couverture Nouvelles OrientalesTitre original : Nouvelles orientales 
Auteur : Marguerite Yourcenar 
Parution d’origine : 1963 
Pays : France 

Type : Contemporain 
Genre : Nouvelles 

Yourcenar, une auteure engagée : Marguerite Yourcenar est née le 08 juin 1903 à Bruxelles. C’est une écrivaine française, naturalisée américaine en 1947, auteure de romans et de nouvelles « humanistes », ainsi que de récits autobiographiques. Elle fut poète, traductrice, essayiste et critique littéraire. Elle fut la première femme élue à l’Académie française, en 1980. Elle était bisexuelle. Inspirée par la sagesse orientale, et surtout par la philosophie gréco-latine, la pensée de l’écrivaine ne s’est jamais éloignée de l’humanisme de la Renaissance. Elle est décédée le 17 décembre 1987, aux États-Unis. 

Résumé : Légendes saisies en vol, fables ou apologues, ces Nouvelles Orientales forment un édifice à part dans l’œuvre de Marguerite Yourcenar, précieux comme une chapelle dans un vaste palais. Le réel s’y fait changeant, le rêve et le mythe y parlent un langage à chaque fois nouveau, et si le désir, la passion y brûlent souvent d’une ardeur brutale, presque inattendue, c’est peut-être qu’ils trouvent dans l’admirable économie de ces brefs récits le contraste idéal et nécessaire à leur soudain flamboiement. 

Note : 10/10 
Avis : Ceci est une autre lecture obligatoire pour l’un de mes cours. Si les autres lectures se sont avérées passables, j’ai littéralement dévoré celle-ci. J’étais si absorbée par ma lecture qu’en sortant de l’autobus dans lequel je l’avais commencé, j’ai marché jusqu’à mon Université en le lisant et je l’ai terminé en cachette dans mon cours – je sais, je suis vilaine, mais je ne pouvais guère quitter une seule ligne ! -. C’est par ces nouvelles que Yourcenar, à mes yeux, s’illustre et montre sa supériorité au niveau littéraire. C’est une très grande écrivaine qui vient de se trouver une nouvelle partisante. 

Chaque nouvelle, donc, s’inspire de la culture orientale – juste à lire le titre, on s’en rend compte très facilement -, des mythes (par exemple l’une d’elle représente le mythe d’Antigone), à travers différents univers qui se suivent. Ce recueil est circulaire (comme le yin et le yang), puisque la première nouvelle rejoint la dernière : le même sujet, abordé d’une manière différente. Wang-fô peint la vie, tandis que Cornelius n’a plus l’inspiration pour peindre des toiles. Elles se croisent, subtilement, se répondent à l’occasion … oui, Yourcenar a su capter la culture orientale et la transcrire dans son œuvre. C’est un recueil à ne surtout pas laisser de côté et si vous voulez débuter avec Yourcenar, débuté avec celui-ci. 

Extrait : Leur réputation les précédait dans les villages, au seuil des châteaux forts et sous le porche des temples où les pèlerins inquiets se réfugient au crépuscule. On disait que Wang-Fô avait le pouvoir de donner la vie à ses peintures par une dernière touche de couleur qu’il ajoutait à leurs yeux. ~ Comment Wang-Fô fut sauvé